LORJOU  PEINTRE  TEMOIN  DE  SON  TEMPS

Bernard Lorjou (1908-1986) peintre autodidacte a voulu pendant plus de cinquante ans, "témoigner" à sa façon, des événements majeurs de son époque et du comportement de ses contemporains à l'origine de ces événements ou en réaction à ceux-ci. Ecorché vif, un tant soit peu "anarchiste" ou du moins libre penseur, Lorjou se laisse souvent aller à prendre des positions tranchées, voire extrêmes, qui l'ont souvent desservies, mais que pour rien au monde il n'aurait pu renier, tant il était persuadé qu'il lui appartenait, en tant qu'artiste de "mettre les pieds dans le plat". Pour se justifier (un peu) il donnait le change en prétextant que la vie n'était qu'un jeu... Mais le pensait-il vraiment? Orgueilleux et travailleur, Lorjou à consacré sa vie à son art sans concession aucune, mais en trichant parfois avec lui-même! Mais en était-il vraiment dupe?

"Etre artiste est  la plus difficile des conditions, c'est à la fois volcan terrifiantet fragile roseau."

"L'artiste doit redouter et le succès et la gloire: le premier est l'antichambre de la mort, le second son linceul."


1934  Février 34

1937 Le couronnement de Georges VI

1939 Les surveillés

1945 Jour V
1948 La chasse aux fauves
1948-49 L'age atomique



1951 La bataille d'Abadan

1953 La peste en Beauce

1956  Le croque-mort du rond point
 
1961 Le Guide

1963 Grimau

1963 La mort de Jean XXIII

1964  Dallas murder show

 1964 Blancs et noirs
1965 Centaures et motocyclettes
 
1967 La famine en Inde

1967 Viet Nam

1968 Hiroshima

1970 La mort de Mishima

1970 Assassinat de Sharon Tate

1973 Enfants contestataires

1980 Afghanistan

1981 Colombe assassinée

1982 Sabra et chatila

1984 Séisme à Mexico

1985 Evasion


1985 Sida homme

1985 Sida femme
Pour conclure... Liens avec les principaux sites
LORJOU
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"Le Petit Monde de Boutros Bougon"


1934

Février 34 ou le 6 février 1934                           

  A partir de 1931 la France est touchée par la grande dépression née en 1929 aux Etats-Unis. Le pouvoir se révèle incapable d'apporter des solutions, ce qui se traduit par une très forte instabilité ministérielle (six gouvernements de mai 1932 à février 1934) contribuant à alimenter le rejet du parlementarisme également alimenté par une succession de scandales politico-financiers dont l'affaire Stavisky.

Les manifestations se succèdent à Paris. Tandis que la droite tente d'utiliser l'affaire Stavisky pour remplacer la majorité de gauche issue des élections de 1932, l'extrême droite exploite ses thèmes traditionnels: antisémitisme et xénophobie (Alexandre Stavisky est un juif ukrainien naturalisé)... Les ligues, tant de droite que de gauche qui en marge des partis politiques se sont multipliées depuis 1931 appellent à manifester le 6 février 1934, à Paris place de la Concorde face à la Chambre des députés le jour même de l'investiture de Daladier.

Au total 30 000 manifestants dont une bonne majorité d'anciens combattants se mobilisent sur le thème: « À bas les voleurs!» et réclament davantage de civisme, d'honnêteté. Mais autour de la place de la Concorde, la manifestation dégénère. Des milliers de militants en armes tentent de marcher sur le Palais Bourbon. La Garde mobile tire. Les affrontements se prolongent pendant la nuit. Seize manifestants et un policier sont tués. On compte un millier de blessés.

La gauche parlementaire dénonce dans la manifestation du 6 février une tentative de coup d'État fasciste. Elle appelle au rassemblement des forces progressistes. Trois jours plus tard, une contre-manifestation à laquelle participent les socialistes et les communistes dégénère à son tour et fait 15 morts et 1500 blessés.

Le président du Conseil Édouard Daladier, qui a été porté au pouvoir par la majorité socialiste et radicale élue en 1932, doit céder la place à l'ancien président de la République Gaston Doumergue. Dans le nouveau gouvernement entrent Edouard Herriot et les chefs de la droite battus deux ans plus tôt, dont André Tardieu et un radical... le maréchal Pétain ministre de la Guerre dont c’est la première expérience ministérielle.

Lorjou suit les événements de près... mais que retient t-il des drames qui se sont déroulés? Au delà de la mort provoquée par la charge des gardes mobiles le comportement abject d'un détrousseur de cadavre...


Février 34 ou 6 février 1934    
(130 x 70)

1937

LE COURONNEMENT DE GEORGES VI

George VI

Le couronnement de Georges VI   (163 X 123)



  George VI (né Albert Frederick Arthur George, 4 décembre 1895 - 6février 1952), a été roi du Royaume-Uni et des dominions britanniques du 11 décembre 1936 jusqu'à sa mort. Il fut le dernier empereur des Indes (jusqu'en 1947), le dernier roi d'Irlande (jusqu'en 1949), et le premier chef du Commonwealth.

En tant que second fils du roi George V, il ne devait pas hériter du trône, et il a passé les premières années de la vie dans l'ombre de son frère aîné, Edouard. Il a servi dans la Royal Navy durant la Première guerre mondiale, et après la guerre rempli les habituels engagements publics. Il a épousé Lady Elizabeth Bowes-Lyon en 1923, et ils ont eu deux filles, Elizabeth (qui lui succède sous le nom d’Élisabeth II) et Margaret.

À la mort de son père en 1936, son frère monta sur le trône sous le nom Édouard VIII. Toutefois, moins d'un an plus tard, Edouard exprime son désir de se marier Wallis Simpson, une Américaine deux fois divorcée. Pour des raisons politiques et religieuses, le Premier Ministre britannique, Stanley Baldwin, informe Édouard qu'il ne pouvait pas se marier avec Mme Simpson et rester roi. Édouard décida donc d’abdiquer. En raison de cette abdication, unique dans l'histoire du Royaume-Uni (les abdications précédentes ayant été contraintes par des pressions politiques ou militaires), George VI monta sur le trône devenant le troisième monarque issu de la Maison de Windsor.

1939

LES SURVEILLES

Les surveillés




 
C'est le début de la drôle de guerre... Des camps d'internement s'ouvrent en France pour isoler les étrangers indsirables: camp de Rieucros près de Mende, camp des mille près de Forcalquier, camp d'Argelès sur mer... On y retrouve des anti-fascistes allemands, des Républicains espagnols et des membres des Brigades Internationales. Le 18 novembre un décret loi prévoit l'extension des mesures d'internement prises à l'encontre des "individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique" sur décision du préfet.
Lorjou se révolte contre ces centres d'internement (qui administrativement s'appellent d'ailleurs camps de concentration)... Il craint une dérive, d'autant que certains artistes y sont internés... Max Ernst, Hans Bellmer, Robert Liebknecht,  Ferdinand Spring, Wols...



1945

JOUR V

  Le général Alfred Jodl signe dans la nuit du 7 au 8 mai la capitulation sans condition de l'Allemagne. Quelques mois plus tard, il sera condamné à mort par le Tribunal de Nuremberg pour avoir contresigné des ordres d'exécution d'otages ou de prisonniers.

Le chef d'état-major du général Eisenhower, commandant suprême des Alliés, et le général soviétique Ivan Sousloparov signent l'acte de capitulation au nom des vainqueurs. Le général français François Sevez, chef d'état-major du général de Gaulle, est invité à le contresigner à la fin de la cérémonie en qualité de simple témoin.
La cessation des combats est fixée au lendemain 8 mai, à 23h 01.

Lorjou ne peut passer outre l'événement... Cependant il ne peut s'empêcher de lancer au passage un petit coup de patte à ceux pour qui la victoire n'est pas forcément réjouissante... aux collaborateurs et profiteurs de tout poil...

Jour V  (198 x 184)

1948 - 1949

LA CHASSE AUX FAUVES



Etude  pour La Chasse aux Fauves  (424 x 328)

"La chasse aux fauves" n'est à proprement parler la traduction picturale d'un événement marquant. Il s'agit là de la première grande toile de Lorjou qui vient de créer le mouvement de "L'homme témoin" et qui veut s'affirmer comme le chef de file de ce mouvement.Aux journalistes qui l'interrogent sur ses Chasses aux fauves, il répond: “Ne pensez pas que j'obéisse à des théories sur l'art mural ... Je me lance dans cette aventure parce que j'éprouve le besoin de “me bagarrer” avec les formes...”. En réponse aux critiques qui lui reprochent de réaliser une parodie de Delacroix, ou la vulgarité chromatique de l'oeuvre, Lorjou répond: "Où est le mal de suivre ses aînés, j’ai essayé de suivre Delacroix et Rubens, mais à ma façon. Pourquoi cette immense “machine”, demandez-vous ? C'est parce que j'ai, tout simplement, envie de réaliser une grande peinture puissante avec de belles couleurs brillantes. Je pense que les gens sont fatigués du noir et du gris de Picasso... ” N'oublions pas que c'est à cette même époque qu'il part en croisade contre la peinture abstraite!

Extrait de la biographie de Lorjou par Junko Shibanuma parue en 2000.  Cependant le choix du thème n'est pas neutre! Il s'agit d'un violent pamphlet contre la guerre...

La Chasse aux Fauves (424 x 328)

1949 – 1950

L'AGE ATOMIQUE


age atomique 1


L'age Atomique (539 x 358)



   

    “ J'ai voulu dans ma toile traduire l’émotion qui agite le monde, la peur qui l’étreint, tandis qu’on envisage froidement la possibilité d’utiliser la bombe atomique. J’ai voulu également exprimer l’horreur de la guerre, l’absurdité et les vices de notre époque; le souvenir des camps de concentration est tout proche; des tables sont chargées de victuailles tandis que des hommes meurent de faim; la luxure s’étale et l’esclavage est toujours une réalité. C’est pourquoi j’ai représenté des cadavres de déportés, un affamé squelettique dans la perspective d’une abondante nature morte, un nègre poussant une brouette... L’espoir me semble cependant permis, et certaines images de douceur, de pureté en témoignent. Si je n’avais pas senti tout cela profondément, je n’aurais pas pu réaliser L’Age atomique.”

Extrait de la biographie de Lorjou par Junko Shibanuma parue en 2000. 


1951

LA CONFERENCE


La convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, dite Convention de Genève, définit les modalités selon lesquelles un État doit accorder le statut de réfugié aux personnes qui en font la demande, ainsi que les droits et les devoirs de ces personnes.
Certains observateurs de l'époque, considèrent que cette convention est marquée par la primauté des intérêts étatiques sur ceux des réfugiés.
Lorjou bien sûr, leur emboîte le pas et met son art au service de la cause!
Il est vrai que la convention ne définit pas "le droit d'asile" mais seulement "le réfugié", une définition restrictive, individuelle au cas par cas qui n'oblige pas les 
États ni à reconnaître des fautes passées quant au rejet des éxilés durant les années 1930, ni à accueillir massivement dans le futur des populations en exode.

1951

LA BATAILLE D'ABADAN


Badr
La Bataille de Badr

 

     Le pétrole, dont l'Iran était le pus ancien et principal producteur au Mouen-Orient, échappe à l'emprise du gouvernement qui ne perçoit que des redevances octroyées par la toute puissante Anglo-Iranian Oil Company (AIOC). Devenu premier ministre le 29 avril 1951 Mossadegh nationalise l'Anglo-Iranian oil Company. S'étant emparé des puits iraniens, il expulse les techniciens britanniques. En représailles, le Royaume-Uni menace de saisir les "bateaux pirates" transportant du "pétrole rouge". Des experts français révèlent alors les malversations de l'Anglo-Iranian Oil Company: corruption massive, dissimulation de recettes... Mossadegh rompt les relations diplomatiques avec Londres. Les marchés se ferment au pétrole iranien. A l'intérieur du pays, un bras de fer s'engage entre le docteur Mohammed Mossadegh et les souverain d'Iran, le Chah Mohammed Reza Pahlavi, qui règne depuis 1941. En juillet 1952, ce conflit avec le Chah provoque la démission de Mossadegh. Cependant, quelques jours seulement après sa démission il revient au pouvoir grâce au soutien populaire et ptépare un référendum en vue de la réforme électorale.

Lorjou brosse le tableau d'une véritable bataille armée alors qu'il ne s'agissait que d'un conflit économique. Il est probable qu'il se soit inspiré de miniatures persanes...  



La Bataille d'Abadan (290 x 227)
                                    

                                                                                                                                                                                


1953

LA PESTE EN BEAUCE

 Ce tableau a d’abord été intitulé La Guerre bactériologique, ce qui ne laisse aucune ambiguïté sur l’intention de son auteur. Pourquoi a-t-il changé le titre ? “A la demande de l’Ambassadeur américain”, répond Lorjou. Selon lui, le représentant à Paris de la nation la plus puissante du monde aurait sollicité ce changement, de peur d’attirer l’attention sur les expérimentations menées à l’époque par les USA ! A notre avis, le véritable instigateur de ce changement est sans doute Raymond Nacenta. Fort ennuyé qu’un tableau portant un tel titre soit exposé en face de l’Ambassade américaine, le directeur de la Galerie Charpentier aurait pris prétexte d’un désir formulé par l’ambassadeur pour faire rebaptiser le tableau.
“J’ai commencé un tableau dramatique qui est devenu une sorte de féerie, car quand je peins, je m’abandonne à l’exaltation de mon sentiment intérieur." 

Extrait de la biographie de Lorjou par Junko Shibanuma parue en 2000. 

La Peste en Beauce (350 x 260)



1953

MATIN DE COURONNEMENT

 Le 2  juin 1953 Elisabeth II, 27 ans, est couronnée reine de Grande-Bretagne et d'Irlande à l'abbaye de Westminster à Londres. Elle succède sur le trône à son père, le roi George VI, mort seize mois plus tôt. Lacérémonie est retransmise à la télévision en directe dans cinq pays d''Europe: l'Angleterre, la France, la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne. " La télévision; grâce au couronnement a fait la conquête du grand public", lira-t-on dans Le Figaro du lendemain.

1956

LE CROQUE-MORT DU ROND-POINT




   
Le conflit en Algérie se durcit. Un décret prolonge la durée initiale du service militaire de six à neuf mois par le biais du maintien sous les drapeaux ou du rappel de 50 000 réservistes.
En septembre 1956 Guy Mollet lance un emprunt nationel pour financer la guerre et le Figaro une souscription pour l'aide aux familles des rappelés...

Lorjou voulait ainsi fustiger toutes ces "quêtes" qu'il jugeait indécentes... Il s'agissait pour lui d'investissements qui ne produiraient que des milliers de morts!

1961

LE GUIDE

    Au début des années 60, Lorjou brosse plusieurs portraits très "culottés"  du Général de Gaulle dont "La Crécelle" pastiche de "El pelele" de Goya et "Le Guide" 

La Crecelle (330 x 260)                                                                   El pelele         

    " Les figurations du Général de Gaulle que peint Lorjou, ne sont donc pas flatteuses. Inspiré par la guerre d’Algérie pour laquelle il ne cache pas son hostilité, l’un de ces tableaux appelé Le Guide est particulièrement impitoyable pour l’image du chef de l’Etat. Peint sur une vaste toile de 4 m sur 6 m, le tableau représente une scène étrange: le Général en tenue d’apparat et portant une canne blanche, conduit un cortège funèbre. Il atteint le bord d’un précipice, suivi d’un minuscule corbillard tiré par un tout petit cheval; derrière le corbillard viennent une grosse femme et un crapaud annonciateur de mauvais présages. La procession s’avance sur une route rouge couleur de sang. Au fond du précipice s’entassent les cadavres des victimes de cette guerre que l’artiste dénonce inlassablement."
Extrait de la biographie de Lorjou par Junko Shibanuma parue en 2000.








Il s’agit de la partie épargnée d’une immense toile détruite volontairement par l’artiste.

Le Guide (330 x 260)

1963

LA MORT DE JEAN XXIII












Jean 23
La Mort de Jean XXIII  (400 x 350)
Ce tableau est un bel hommage rendu à l'engagement de Jean XXIII en faveur de la paix... Malgré tout Lorjou ne peut s'empêcher d'y "glisser" une caricature d'un général de Gaule... à la dérive dans une casserole attachée à la queue d'un animal (chien ou chat) partageant la colombe de la paix avec un monstre quadrupède ailé! Il est vraisemblable que le refus par la France (et par la Chine) de signer les accords de Moscou interdisant les expériences nucléaires dans l'atmosphère soit le motif de cette nouvelle charge contre le Général,  à moins que ce ne soit la mise en service à Cadarache du réacteur Pégase...
    Jean XXIII fut un grand personnage du XXe siècle. Angelo Giuseppe Roncalli est né le 25 novembre 1881 à Sotto il Monte près de Bergame. À 23 ans, après avoir effectué son service militaire et après avoir obtenu son doctorat en théologie, il est ordonné prêtre et célèbre sa première messe. Il devient le secrétaire de Mgr Rodini en 1905. À la mort de celui-ci, Angelo écrit la biographie de ce grand maître si attachant pour lui. Il fut ensuite professeur d’histoire de l’Église au Séminaire de Bergame. En 1914, la guerre menaçait l’Italie et Angelo du retourner à son poste de sergent.

Il travailla comme aumônier des hôpitaux militaires de Bergame. Nommé archevêque, en 1925, il est envoyé en Bulgarie en qualité de visiteur apostolique. En 1934, il est transféré en Turquie avec le statut de Délégué de Turquie et de Grèce. Et en 1944, son poste de Nonce à Paris, à titre de représentant du pape auprès d’un gouvernement étranger, est considéré comme la nonciature la plus importante et la plus haute. Quelques années passèrent et Mgr Roncalli fut nommé cardinal et patriarche de Venise. Enfin, il fut élu pape, à 77 ans, à la mort de Pie XII. Il prit le nom de Jean XXIII.

Sa principale action en tant que pape reste la convocation du concile Vatican II. Par « l’aggiornamento », c’est-à-dire une profonde remise à jour des enseignements, de la discipline et de l’organisation de l’Église, il provoque un renouveau sans précédent à la vie religieuse. Très préoccupé par les problèmes internationaux, il écrit sept encycliques, dont « Pacem in Terris ». Jean XXIII a manifesté une grande ouverture d’esprit notamment par ses communications avec l’Église orthodoxe, les responsables protestants, le concile mondial des Églises et les judéo-chrétiens.

Personnage marquant du XXe siècle, Jean XXIII rendit l’âme le 30 juin 1963 au Vatican à l’âge de 82 ans. Encore aujourd’hui, on se souvient de lui pour son légendaire sourire.


   

1963


GRIMAU 

   Julián Grimau (Julián Grimau García, né en 1911 à Madrid, mort en 1963 à Madrid) fut un dirigeant du Parti communiste d'Espagne.

En 1930 Julian Grimau Garcia travaillait à la Corogne comme sous gérant d’une librairie. A la proclamation de la République il adhérait au Parti républicain démocratique fédéral. Au moment du coup d’état franquiste de juillet 1936 il se trouvait à Madrid où son parti lui proposait d’entre dans la police républicaine. Après avoir adhéré au Parti communiste en octobre 1936, il fut futé en 1937 à Barcelone comme secrétaire d’une brigade de police.

Exilé en France lors de la retirada, il fut évacué par les services du SERE en novembre 1939 vers l’Amérique latine et s’installa à La Havane en 1940. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, Julian Grimau revenait en France et militait au Parti communiste.

Lors du 5ème congrès du PCE tenu à Prague en novembre 1954, il fut élu au Comité central dont la secrétaire générale était Dolores Ibarruri Gomez La Pasionaria. En 1957 le parti l’envoyait en Espagne où en 1962 il était le secrétaire du parti. Le 7 septembre 1962 il était arrêté à Madrid et transféré au siège de la Direction générale de la sécurité (DGS), où, profitant d’un moment où il n’était pas menotté, il sautait par une fenêtre donnant sur la ruelle San Ricardo, mais, blessé, était recapturé et transféré à l’hôpital pénitentiaire de Yeserias. Traduit le 18 avril 1963 devant un conseil de guerre (procés n°1.601/62) il était condamné à mort. Malgré une importante campagne internationale menée en sa faveur, Julian Grimau Garcia était fusillé le 20 avril 1963, à 6h30 du matin à la prison de Carabanchel de Madrid.



Grimau (400 x 350)

1964

BLANCS ET NOIRS

 Le 28 août 1963, sur les marches du Lincoln Memorial pendant la marche vers Washington pour le travail et la liberté, Martin Luther King prononce ce message d'espoir devenu célèbre dans le monde entier.

« I say to you today, my friends, so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream.

I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed : “We hold these truths to be self-evident : that all men are created equal.”
I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at a table of brotherhood.
I have a dream that one day even the state of Mississippi, a state sweltering with the heat of injustice, sweltering with the heat of oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice.
I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character. I have a dream today!
I have a dream that one day down in Alabama, with its vicious racists, with its governor having his lips dripping with the words of interposition and nullification; one day right down in Alabama little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers.
I have a dream today.
I have a dream that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plains and the crooked places will be made straight and the glory of the Lord shall be revealed and all flesh shall see it together.  »

A l’été 1964, des émeutes éclatent à New York, dans le New Jersey, en Pennsylvanie et dans l’Illinois... Malgré l'intervention de Martin Luther King les manifestations se poursuivent, mais la répression policière et la lassitude des émeutiers ont raison du mouvement.

Le 14 octobre 1964 Martin Luther King reçoit le prix Nobel de la paix pour son combat contre le racisme et la non-violence aux Etats-Unis. Le prix lui sera remis le 10 décembre à Oslo.

Blancs et Noirs  (730 x 350)



Joe les pleurs


Chien policier (322 x 260)


Il prêche (160 x 90)


1964

DALLAS MURDER SHOW

Dallas murder show (540 x 280)

    L'assassinat du président John Fitzgeral Kennedy, trente-cinquième président des États-Unis, eut lieu le vendredi 22 novembre 1963 à Dallas, au Texas à 12h30 (Central Standard Time). Après que le cortège présidentiel eut traversé à basse vitesse le centre de la ville et alors que la voiture présidentielle, décapotée, passait sur Dealey Plaza, John F. Kennedy ut mortellement blessé par des tirs d'arme à feu. Il est le quatrième président des États-Unis à être victime d'un assassinat et le huitième à décéder en exercice.


1965

CENTAURES ET MOTOCYCLETTES

1967

LA FAMINE EN INDE

La Famine en Inde (325 x 248)

    La guerre contre le Pakistan en 1965 et deux terribles années de sécheresse (1965-1967) sont à l'origine d'une grave famine qui fera près d'un million et demi de morts.... malgré l'aide des pays grands exportateurs rendue possible par l'existence d'importants éxcédents.

1967

VIET NAM

    Au Viêt-Nam les Etats-Unis sont engagés dans une guerre qui prend de vite d’inquiétantes proportions. L’opinion publique américaine est sensibilisée par l'envoi au Viêt-nam des « appelés » et par les images que diffuse la télévision. Devant l'impuissance américaine à obtenir une victoire rapide, la contestation fleurit sur les campus universitaires et gagne tout le pays. Aux prises avec un déficit budgétaire aggravé, Johnson alterne bombardements intensifs sur le Nord et propositions de trêve conditionnelle.

Lorjou ne prend pas parti, il dénonce une fois de plus la guerre et les souffrances qu'elle occasionne.


Viêt-Nam (325 x 245)

1968

HIROSHIMA


  Le cri 
    Lorjou, toujours hostile aux guerres et à la bombe atomique en particulier, se rend en 1968 à Hiroshima. De cette visite de la ville meurtrie naît une trilogie : Hiroshima, le Cri et l’Enfant mutilé.


Pour peindre cette trilogie, l’artiste abandonne son goût de la narration, du détail, voire de l’anecdote. La douleur pure se concentre sur le visage hagard de la victime dont le cri semble ne pouvoir jamais jaillir tant cette douleur est intense.


L'enfant mutilé  
                                                                                                                                                                                                         

1970 LA MORT DE MISHIMA


Yukio Mishimade son vrai nom Kimitake Hiraoka

 Au cours de l'année 1970 , il achève sa tétralogie La Mer de la fertilitéavec son quatrième tome, L'Ange en décomposition. Le 25 novembre, il poste à son éditeur la fin de son manuscrit puis se rend au Ministère des armées accompagné de quatre jeunes disciples. Nous sommes au deuxième étage de l'École Militaire du quartier général du Ministère de la Défense, ancien quartier d'Ishigaya, aujourd'hui Mémorial des forces d'auto-défense de l'armée nippone. Il prend en otage le général commandant en chef des forces d'autodéfense et fait convoquer les troupes : il leur tient alors un discours en faveur du Japon traditionnel et de l'empereur. La réaction des 800 soldats est vite hostile. Devant les huées, il se retire. Il est plus de 11h. Suivant le rituel, Yukio Mishima se donne la mort par seppuku. Un des membres de Tatenokai, Masakatsu Morita, devait accomplir la décapitation mais devant ses difficultés (il tremblait), c’est Hiroyasu Koga qui termine le geste. Morita suivra ensuite Mishima dans la mort. Ce coup d'éclat avait été minutieusement préparé pendant plus d'une année ; Mishima avait même décrit une action très similaire dans son roman Chevaux échappés, avec une fin tout aussi tragique. Certains ont avancé que cette tentative de coup d'état n’était qu’un prétexte symbolique destiné à accomplir le suicide rituel que Mishima avait toujours fantasmé et qu'il avait depuis longtemps prémédité et mis en scène.

La Mort de Mishima (340 x 280)

Il publia près de quarante romans pour un total d'une petite centaine d'ouvrages: essais, 20 recueils de nouvelles, 18 pièces de théâtre… Son œuvre est très ambiguë: jusqu'au début des années 1960, ses écrits sont de type plus européen que purement japonais. Il vivait d'ailleurs à l'occidentale, dans une villa moderne, généralement vêtu de complets-vestons, lisant abondamment les classiques européens (il affectionnait Racine, mais lisait aussi l'anglais et un peu le grec). Pourtant il se revendique de la tradition classique japonaise dont il est également familier. Ambiguïté aussi dans son homosexualité, tout à la fois assumée dans ses livres et refoulée dans sa vie. De condition chétive, il proclamait le culte de la force physique; à force de pratiquer la musculation et les arts martiaux, il finit par obtenir dans ses dernières années un corps d'athlète.

Son œuvre est empreinte d'un certain pessimisme et abonde en dénouements tragiques. La fascination pour la souffrance est par exemple un thème récurrent. Mishima se disait envoûté par le tableau Saint Sébastien de Gido Reni qui représente un éphèbe à demi nu percé de flèches.

Gido Reni

Lorjou peintLa Mort de Mishima en décembre 1970.C'est un travail de commande. Un grand magasin japonais souhaite qu'un tableau traitant de ce sujet brûlant figure à l’exposition de L’Assassinat de Sharon Tate, prévue au printemps à Tokyo et à Osaka. Lorjou, comme d’habitude, réalise deux versions, une en noir et blanc et une autre en couleurs. Cette mise en scène par Mishima de sa propre mort impressionne Lorjou qui brosse une scène puissante non dépourvue d'une certaine noblesse.

1970

ASSASSINAT DE SHARON TATE

 Le 8 août 1969, trois femmes et un homme, membres d'une secte baptisée la «Famille», poignardent à mort Sharon Tate, 26 ans et enceinte de huit mois, ainsi que les amis avec qui elle passait une soirée tranquille dans sa maison de Benedict Canyon, un peu à l'ouest d'Hollywood. Pour un témoin de l'époque, cette affaire «a marqué la fin des années 60» ­ insouciance et flower power. Glaçant héros d'une contre-culture de pacotille, Charles Manson était le gourou de cette «Famille» où l'on pratiquait drogues, sexe, humiliations.

L'assassinat de Sharon Tate  (400 x 350)


1973

ENFANTS CONTESTATAIRES

    Février, mars, avril 1973... les lycéens protestent contre la loi Debré qui prévoit la réduction voire la suppression des sursis militaires pour les étudiants, les étudiants manifestent contre la création du DEUG (Diplôme d'Etudes Universitaires Générales) qui, selon eux, va favoriser la sélection.


1980

AFGHANISTAN



Afghanistan (260 x 150)1981


1981

COLOMBE ASSASSINEE

   

    Sadate est le premier dirigeant arabe à être reçu en Israël en novembre 1977. Il y rencontre Menahem Begin, le Premier Ministre Israélien avec qui il entreprend des négociations pour un traité permanent de paix. Cette visite de Sadate à Jérusalem est mal vue des autres dirigeants arabes, Israël n'étant qu'un état voyou et hégémoniste à leurs yeux, symbole de l'impérialisme américain. On assiste alors aux accords de Camp David entre Sadate et Begin le 17 septembre 1978 sous l'oeil bienveillant de Jimmy Carter, le Président américain de l'époque. Cette poignée de main fera le tour du monde et Sadate et Begin reçoivent le prix nobel de la paix pour cet accord. Dans le monde arabe pourtant, c'est la colère. Pour la plupart des nations arabes, ces accords ne signifiaient rien d'autre qu'une sorte de trahison détruisant de fait l'espoir d'un front arabe uni. Ainsi, alors que le monde arabe est en ébullition, Sadate met en place une politique de répression contre ses opposants en septembre 1981. On y compte des communistes, des féministes, des intellectuels, des nasséristes mais aussi des islamistes radicaux. Près de 1 600 personnes sont arrêtées ce qui soulève un opprobre général. Après un mois de vagues d'arrestations, le 6 octobre 1981, Sadate est assassiné, à l'âge de 63 ans, lors d'une parade militaire au Caire par des membres du Jihad islamique égyptien lors de la fête nationale.

1982

SABRA ET CHATILA



   Le massacre de Sabra et Chatila (deux camps de réfugiés palestiniens de Beyrouth-Ouest au Liban) a été perpétré, du 16 au 17 septembre 1982, par la milice chrétienne dirigée par Elie Hobeika, dans un secteur sécurisé par l'armée israélienne depuis l'Opération Paix en Galilée. Le nombre de victimes varie suivant les sources entre 700 et 3500. Ce massacre à fait l'objet d'une réprobation internationale unanime. 

Sabra et Chatila (240 x 200)


   
1984

SEISME A MEXICO


Séisme à Mexico (240 x 150)


On souvent reproché à Lorjou de jouer les Cassandre… Avait-il le don d’anticiper les événements tragiques ou était-il seulement, comme il le revendiquait, « témoins de son temps » ?

A t-il eu la prémonition de cette catastrophe qui n’arrivera, en réalité, qu’un an plus tard ? Certes non, il a sans doute illustré le séisme de Los Angeles survenu en janvier 1984 considéré un temps comme le « big one », tremblement de terre dévastateur qui doit survenir un jour sur la côte ouest des Etats-Unis…


   

1985

EVASION

En juillet 1985 Lorjou expose au Palais de l'Europe à Menton, un choix d'oeuvres représentatives des années 1970 - 1985. Une peinture sur bâche destinée à recouvrir une estrade est intitulée "Evasion"...
Une des dernières toiles de Bernard Lorjou, symbolisant l'action et la créativité mais aussi la violence du monde, mystérieux testament qui illustre et résume la quête et l'engagement de toute une vie.

Evasion (258 x 150)

1985

SIDA HOMME   SIDA FEMME

 Bien que le repérage de la maladie date de 1982, ce n’est qu’en 1985 que les médias s’intéressent de plus près à cette maladie… La presse relate en quelques lignes le décès de Klaus Nomi puis celle du philosophe Michel Foucault puis beaucoup plus bruyamment celle de Rock Hudson qui a d’ailleurs médiatisé son propre drame. Différent acteurs sociaux se constituent en groupes organisés ; les malades dénoncent le dérapage médiatique et les scientifiques commencent à expliciter les pistes de recherche, les enjeux, les écueils… Lorjou comprend qu’il s’agit d’une grave menace. “La maladie marque l’entrée dans une ère de crainte et de peur et seule la beauté de la couleur et la juvénilité des formes donneront l’espoir" dit-il. C’est ainsi qu’il entreprend la création de sa dernière oeuvre importante. 


Sida Homme  (750 x 400)

Sida Femme  (750 x 400)

 “Voilà mon travail. Je n’ai rien à expliquer. D’autres le feront. Bien ou mal, je m’en moque. Regarde. Sinon demain, tu devras aller le voir dans quelques musées étrangers. C’est la règle. Van Gogh disait en crevant dans sa mansarde: “Ça ne changera jamais.”C’est comme ça.”

Liens avec les principaux sites consacrés à l'oeuvre de Lorjou
Site de l'Association Bernard Lorjou
Site de Jean Christophe Godot